L’agilité ne peut pas être un dogme

Photo de David Libeert

« Nous découvrons de meilleures approches pour faire du développement logiciel, en en faisant nous-mêmes et en aidant les autres à en faire. Grâce à ce travail nous en sommes arrivés à préférer et favoriser :

  • les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils ;
  • un logiciel qui fonctionne plus qu’une documentation exhaustive ;
  • la collaboration avec les clients plus que la négociation contractuelle ;
  • l’adaptation au changement plus que le suivi d’un plan.

Cela signifie que bien qu’il y ait de la valeur dans les éléments situés à droite, notre préférence se porte sur les éléments qui se trouvent sur la gauche. » (les quatre valeurs du Manifeste agile)

La phrase « les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils » me semble par exemple limpide. Pourquoi est-ce que des cabinets arrivent alors à vendre des méthodes soit disant agiles basées sur des processus et des outils tellement tarabiscotés que toutes les équipes doivent être formées et certifiées. D’un point de vue business, l’objectif est compréhensible, mais d’un point de vue agile, il y a un loupé.

Si nous voulons vraiment favoriser les individus et leurs interactions, il faut passer du temps avec les équipes, à essayer de comprendre ce qui ne fonctionne pas, et surtout proposer des solutions sur-mesure plutôt que sous copyright. Ce n’est pas aux organisations de s’adapter à la méthode, c’est aux méthodes de s’adapter à l’organisation (même si cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à transformer dans le fonctionnement de ces organisations).

De même, le fait de préférer « l’adaptation au changement plus que le suivi d’un plan » ne me semble pas spécialement ambiguë. Pourquoi existe-il alors des règlements expliquant quelle est la bonne manière de mener de projets en mode agile ? L’agilité est par essence orthogonale à l’orthodoxie.

Il existe quand même un avantage à ces règlements : ils permettent à celles et ceux qui voudraient utiliser les concepts de l’agile de manière non dogmatique d’avoir un document qui les protège et justifie leurs pratiques.

Ce caractère très flexible de l’agile, cette impossibilité de le normer est ce qui fait toute sa force. Car les valeurs tels que « suivi d’un plan » ou la « documentation exhaustive » ne sont pas balayées de la main, ce ne sont pas des interdits comme il peut y en avoir dans les textes religieux. Ce sont seulement des valeurs préférables par rapport à d’autres. Et reste aux humains d’utiliser leur cerveau pour savoir ce qui est préférable à un instant donné, avec discernement, intelligence et subtilité, c’est-à-dire sans dogmatisme.

Product @CosmianOfficial